Chewbacca se rend chez l’esthéticienne pour une épilation intégrale

“À gauche tournez, puis arrivés vous êtes !”. Chewbacca était fier du GPS à la voix pleine de sagesse qui équipait son nouveau véhicule. Il avait troqué son encombrant Faucon Millenium, peu adapté à la vie urbaine et ne disposant même pas d’un coffre, pour une Toyoda Vert Haricot achetée à l’argus.

Une fois descendu de sa voiture, Chewbacca poussa la porte de “Brigitte Esthétique”. Il fit la connaissance de Brigitte, seule professionnelle du secteur à pratiquer l’art de l’épilation au sabre laser.

 

– GRGRGAGRAGA ! annonça poliment Chewbacca à la patronne des lieux.

– Bonjour Monsieur Chewbacca ! Je vous rejoins ! Je vous laisse vous installer tranquillement en cabine 3. Inutile d’ôter vos vêtements puisque vous n’en portez jamais”

 

Chewbacca apprécia ce trait d’esprit qui était le signe d’un grand professionnalisme.

 

Il avança dans le couloir à la recherche de la cabine n°3. Il eut bien du mal à la trouver car l’ordre des cabines défiait toute logique. Pourquoi la première cabine était-elle la n°4, suivie de la 5, de la 6 puis finalement de la 1, la 2 et la 3 ? Il préféra ne pas trop y songer. Il entra dans la cabine qui lui avait été réservée et s’allongea sur la table.

 

Brigitte le rejoignit rapidement et, équipée de son sabre laser, commença à débroussailler l’épaisse fourrure dorsale de son client.

 

– N’ayez pas peur, détendez-vous dit-elle en souriant derrière sa visière de débroussaillage achetée dans une boutique spécialisée en paysagisme.

– GGGGGRRRRRAAAAGGGGRR ? questionna calmement Chewbacca, à juste titre.

– Oh, la visière ? Si 30 ans de métier m’ont bien appris quelque chose, c’est qu’il faut être vigilant avec le poil. Car quand on attaque le poil, le poil contre attaque.

 

Chewbacca n’eut d’autre choix que d’acquiescer. Il savait que l’épilation au sabre laser devait impérativement être réalisée par un professionnel diplômé. C’est en tout cas ce que lui avait confirmé Luke Skywalker, juste après avoir tenté d’enlever les poils de sa main droite.

 

– Monsieur Chewbacca, souhaitez-vous que je m’occupe du côté obscur ?

– GRGRGRGRRBGBAA ? grogna Chewbacca qui avait déjà perdu 10 kilos de poils.

– Non, non ! Je ne proposais pas de partir en bataille contre les forces du mal, mais plutôt de m’occuper de votre sillon anal rassura Brigitte.

– Bbabababggrgraa ? questionna-t-il par pure curiosité.

– Cela dépend des clients. Par exemple, Princesse Leia me demande de ne pas le faire. Par contre, elle tient vraiment à ce que les poils de son pubis aient l’exacte apparence de ses cheveux, vous savez, avec les deux boules sur les côtés ?

 

Brigitte progressait, les poils virevoltaient au son du sabre laser dans une chorégraphie parfaitement maîtrisée. Chewbacca se sentait bien. L’odeur d’encens de Kashyyyk lui rappelait sa tendre enfance. Quoi de plus doux que le souvenir de sa mère qui lui préparait une limace de deux mètres grillée au scarabée-flamme, avant de lui donner les yeux pour qu’il puisse jouer aux billes ?

– Je vais vous demander de vous retourner pour que je m’occupe de votre torse et de votre visage” annonça Brigitte.

 

Tandis qu’elle ôtait les poils de Chewbacca, Brigitte se demanda à quoi pouvait ressembler un wookie sans poil. Elle avait déjà épilé quantité d’ewoks et le résultat n’était jamais folichon : ils ressemblaient tous à Passe-Temps, de Fort Boyard. Intérieurement, elle pouffa en imaginant Chewbacca avec une allure de Donskoy, ces chats sans poils qui n’inspirent que le dégoût et la moquerie.

 

Pourtant, quelques secondes plus tard, Brigitte sentit son coeur s’emballer. Elle n’en croyait pas ses yeux. Loin de l’apparence répugnante qu’elle avait pressentie, c’est un véritable Apollon qui lui faisait face. Chewbacca avait des yeux sublimes, plus noirs et plus profonds que l’Etoile Noire.

 

– Je… Chewbacca…

– Oui Brizitte ? dit Chewbacca dans un français parfaitement compréhensible malgré un poil sur la langue.

–  Mais … vous parlez notre langue ?

– Oui, tout mon peuple parle normalement, ce sont les poils dans la bouche et sur notre corps qui font que nous sommes mal compris”.

– Oh…

– Et nous avons interdiction de nous les enlever nous-mêmes, sinon c’est Sheitan.

 

Brigitte avait du mal à se contenir, la tension sexuelle était palpable. Sentant rougir tout son corps, elle culpabilisa d’avoir à cet instant précis des désirs peu conventionnels, chose qu’elle ne pensait possible que dans son livre de chevet, Fifty Shades Of Gray Jedi.

 

– Je ne fais pas ça d’habitude mais…

– Dites-moi…

– Accepteriez-vous de dîner avec moi ce soir ?” lança Brigitte.

– Avec plaisir.

 

Rien ne pouvait briser la magie de ce moment, la femme soulagée savait que le plus dur était fait.

 

– Comme ça, vous pourrez m’expliquer comment séduire souria Chewbacca.

– Oh… vous avez quelqu’un en tête… minauda Brigitte en lui caressant le bras.

– Oui… dit-il en clignant d’un oeil.

– Mais je vous rassure, vous n’avez pas besoin de me séduire, je suis déjà tout à vous s’enflamma-t-elle en arrachant tout net ses vêtements.

 

Chewbacca fit un pas en arrière.
– Je crois qu’il y a erreur. Je ne parlais pas de vous…

– Mais dites-moi, quelle femme autre que moi vous mérite ?

– Une femme ? Vous avez tout faux, je parlais d’Anakin Skywalker. J’en suis follement amoureux et je n’ai jamais su comment le séduire.

– Mais… et le clin d’oeil ? lança Brigitte, désespérée.

– Ha, ça ? Désolé, c’était juste un poil qui me faisait mal et qui était bloqué sous ma paupière.

 

À ces mots, tel Alderaan, le coeur de Brigitte se brisa en mille morceaux. Entre eux s’abattit un silence pesant, seulement troublé par le léger vrombissement du robot aspirateur roomba R2D2, qui collectait les poils sur le sol.

 

Ils restèrent quelques secondes, les yeux dans le vague, gênés par ce qui venait de se passer. Ironie du sort, la musique qui passa à ce moment là dans la cabine n°3 était un cover du langoureux “Just The Two of Us” interprété par John Williams à la flûte de pan.